Lectures d’été – Arts, Technologies et Contre-culture

retromania

L’été se prêtant parfaitement à la lecture et au rattrapage d’activités en retard, je vous propose une petite série d’articles autour d’ouvrages que j’ai pu consulter récemment. On commence avec un premier thème assez large, néanmoins assez marqué par l’actualité, qui vise à explorer les liens entre Arts, Technologies et mouvements Contre-culturels. Si la sélection que je vous présente reste limitée, sachez que les éditions « Le Mot et le reste » (collection Attitudes) nous plongent véritablement au coeur de ces concepts avec des ouvrages de très belle facture.

contre-cultures-2« Contre-Culture(s) : des Anonymous à Prométhée » (Steven Jezo-Vannier, 2013) présente un panorama des mouvements contre-culturels et des dissidences. L’auteur aborde des mouvements extrêmement récents (Anonymous, Wikileaks, printemps arabe…), d’autres bien connus (Hippies, Punks, Communards, …) et certains parfois oubliés ou insoupçonnés (Quakers, Familistes, Lollards, …). Le long chapitre sur l’idéologie pirate est passionnant. Plus d’une cinquantaine de mouvements sont présentés et regroupés en 8 chapitres afin d’assurer une certaine consistance à l’ouvrage en évitant l’effet « catalogue ». Malgré son volume imposant, il s’agit d’un livre facile à digérer en présentant chaque mouvement de manière succincte ce qui permet de prendre un peu de recul et de mettre en perspective le concept de contre-culture émis par Theodore Roszak à la fin des années 60. En revanche, l’étude de chaque mouvement reste assez superficielle et nécessite un approfondissement à l’aide d’autres ouvrages spécialisés.

tazLa plupart des auteurs dont je dresse la liste des ouvrages dans cet article s’appuient sur le classique « TAZ » de Hakim Bey (L’éclat, 1991). Le désormais célèbre anarchiste « ontologique » pose les bases théoriques de Zone Autonome Temporaire qui se concrétisera dans le mouvement des free parties, des Anonymous ou encore des Printemps Arabes. Concept « glissant », la T.A.Z est difficile à cerner : « Elle occupe provisoirement un territoire, dans l’espace, le temps ou l’imaginaire, et se dissout dès lors qu’il est répertorié. La TAZ fuit les TAZs affichées, les espaces « concédés » à la liberté : elle prend d’assaut, et retourne à l’invisible ». En complément, intéressez-vous à « Sermons radiophoniques » du même auteur. Au travers de onze sermons, l’auteur développe la théorie artistique de l’immédiatisme. « Toute expérience passe par une médiation – par les mécanismes de la perception sensorielle, de l’activité mentale, du langage, etc. – et sans aucun doute tout art consiste en une médiation supplémentaire de l’expérience ».

 

 

anonymous-bardeau-danetAu titre des ouvrages spécialisés, « Anonymous : Pirates ou altermondialistes numériques ? » de Frédéric Bardeau et Nicolas Danet (FYP, 2012) présente une analyse méthodique de la pensée de ces gentils pirates au masque de Guy Fawkes. L’ouvrage décortique la montée en puissance du mouvement en se replongeant dans les idéologies libertaires des hackers des années 80, notamment au travers de ces textes fondateurs (« Le Manifeste du Hacker », « La Déclaration d’indépendance du cyberspace »…), et en présentant l’historique des actions clés des Anonymous (Printemps arabes, Église de scientologie, etc…). Voici un ouvrage qui permet de mettre un peu en perspective le mouvement hacker et de modérer certaines idées préconçues largement relayées par les médias.

 

 

Couv-BodyHacking-201x300Toujours aux éditions FYP, « Bodyhacking : pirater son corps ou redéfinir l’humain » de Cyril Fiévet (2012) nous invite à explorer un champs plus prospectif liant arts, contre-culture et technologies. L’auteur nous fait découvrir des pratiques parfois extrêmes visant à modifier son corps en dépassant le simple aspect esthétique. On connaissait le tatouage, en quelque sorte le degré zéro du bodyhacking, mais que nous révèlent l’implantation de composants électroniques dans nos corps pour développer de nouveaux sens ou augmenter nos capacités ? L’ouvrage est passionnant, mettant au jours des pratiques méconnues, qui peuvent parfois choquer, mais auxquelles l’auteur arrive à démontrer un sens posant des questions judicieuses.

 

 

 

art++Art++ (sous la direction de David-Olivier Lartigaud, HYX, Script, 2011) est un recueil de textes originaux et inédits qui explore le lien entre arts et technologies, en montrant la diversité des œuvres numériques et leurs enjeux sociétaux. Le code n’est pas rigide, n’est pas un outil à l’attention d’une élite de programmeurs au service de l’Entreprise et au public « consommateur » de ses transcriptions. C’est aussi un langage manipulé par l’artiste, l’autodidacte où même le quidam peut interagir et participer activement. L’œuvre et le logiciel ne font parfois qu’un ; la notion même d' »œuvre » en vient à être questionnée. L’ouvrage est magnifique mais nécessite quelques lectures préliminaires pour être bien compris.

 

 

retromaniaDans un registre plus musical, « Retromania« , de Simon Reynolds, est un essai qui tente de comprendre « pourquoi c’était mieux avant ». Partant du constat que le dernier mouvement musical véritablement novateur fut celui des free-parties / raves dans les années 90, l’auteur analyse, décortique et recense les manières dont la culture pop réussi à produire du neuf avec du vieux : reformations d’artistes cultes, mash-up, mode du rétro, etc. L’ouvrage ne porte pas seulement sur la qualité artistique des œuvres, mais ouvre une réflexion intéressante sur les médias.

 

 

 

Enfin, pour terminer avec une lecture du dimanche plus reposante, je vous conseille New Noise Magazine (anciennement Versus ou Velvet Mag), dirigé par Olivier Drago, avec d’excellents dossiers de fond sur l’actualité de la culture rock.

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